Courage

C’est le coeur débordant de douleur que je vous écris. Ce coeur devenu si creux depuis novembre dernier, qui n’avait pas réussi à montrer sa tristesse tant il se sentait atrophié par ce trou de tragédies implacables, ce matin se soulève et emporte avec lui toutes larmes que j’aurais déjà dû verser.

Il n’y a pas qu’une façon de réagir face à tant de monstruosité. Lors des attentats de Paris, je n’avais pas pleuré, la tête enserrée par l’énervement. Pour Bruxelles, j’ai eu peur. Pour Orlando, j’ai eu envie de vomir. Pour Istanbul et bien d’autres, j’étais révoltée. Toutes sortes d’humeurs violentes se jouaient dans mon ventre, sans ne jamais laisser échapper celle de la tristesse. Je ne me comprenais pas, je ne me reconnaissais pas. Comment cette colère pouvait me rendre si stoïque, presque intrépide. Je me disais, c’est peut-être ça de grandir, de devenir adulte, faire face à la douleur sans le montrer, sans vouloir le concevoir.

Et ce matin, un vent froid m’a agrippé le dos et rappelé toutes ces dernières fois.

La peur est un sentiment âpre, elle vous colle à la peau, quand vous pensez l’avoir oubliée, elle revient comme une vague, houleuse et colérique. La tristesse, plus diffuse, submergeante, vous plonge dans une sorte de stupeur mélangée à de la léthargie. Ce matin, je me suis levée, j’ai répondu aux messages qu’on m’avait envoyés pendant la nuit, lu la presse puis j’ai pleuré.

Je n’ai pas pleuré de colère mais de vraie tristesse.

Parce que même si j’en avais déjà conscience, aujourd’hui j’ai encore plus le sentiment que ça ne s’arrêtera pas demain, recommencera pire, que c’est vain. La haine qui amène avec elle la haine. J’ai pleuré de revivre cette peur et de me sentir si impuissante face à cette déferlante de vies volées, face à cette haine grossissante qu’on aimerait pouvoir d’un claquement de doigts voir dissipée.

On nous parle de guerre de religions, mais il me semble qu’aucun musulman, chrétien, juif, bouddhiste, ni athée ne saurait être en accord avec cette idée. Tuer n’est pas une profession de foi, l’Etat Islamique n’est pas une religion mais une dictature. En tant que croyante, je ne me mettrai jamais en guerre contre eux, ni contre quiconque. Je ne veux pas de leur véhémence, de leur haine, de leur racisme. Je préfère mourir avec un coeur gonflé d’espoir que mortifié par l’aigreur de la faiblesse humaine. Ma seule façon de me battre est d’aimer ceux qui m’entourent, et plus loin encore, d’écrire, rester debout, faire que ces sensations, peur – tristesse – colère se transforment en force d’âme, c’est à dire en courage.

La paix avec tous.

— LS

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1 réflexion sur « Courage »

  1. « Ma seule façon de me battre est d’aimer ceux qui m’entourent, et plus loin encore, d’écrire » : L’amour et l’Éducation comme remparts. Parce qu’ils ouvrent à la culture, à l’acceptation de l’autre, des autres.

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