Piton de la Fournaise

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Un été en plein mois de décembre. On a dormi dans une auberge, perdu dans les bois, et au petit matin on se prépare en enfilant nos gros pulls et chaussettes chaudes pour une escapade jusqu’au volcan. On l’annonce réveillé, on l’annonce énervé. On traverse le désert, dans le froid, le ciel noir surplombe nos têtes. On a laissé les sacs dans la voiture, gardant pour provision une bouteille d’eau et un sandwich que l’on partagera en haut du volcan. Si l’on continue de marcher à fière allure, alors on pourra être au sommet avant que le soleil ne soit trop haut, pour être sûr de ne pas étouffer sous sa chaleur écrasante. Je me sens légère, traversant ce désert aux couleurs pâles, telle une nomade, tels mes ancêtres. Le vent se fait doux, lui qui aurait pu nous griffer. Mon père me devance, mon frère quelques pas derrière, on avance en petites fourmis dans les grandeurs de ces espaces. Et puis le volcan, là, devant nous, qui s’élève comme un monstre, qui se découpe, sombre dans le ciel, qui se réveille. Une fois au pied, on sait qu’il ne nous reste plus qu’une petite heure de marche jusqu’au cratère. On escalade le manteau de lave sèche. J’aperçois d’autres marcheurs au loin — ici bas, on n’est jamais seul.

On arrive enfin à sa pointe. Mais le volcan nous fait faux bond, encore endormi. Déception totale. Un veilleur nous informe qu’il ne se réveillera pas avant le début de l’après midi, pense-t-il. On repart, agacés et déçus avec ce goût de soufre sur la langue.

On décide de manger notre sandwich, au milieu de la descente, pour admirer la vue. Un sandwich jambon beurre, comme à la maison, comme pour un pique-nique au bord de la rivière, enveloppé dans de son papier d’aluminium, avec une tranche de tomate que je retire toujours en premier pour la déguster. La vue est gigantesque, paisible, silencieuse. Le sable du désert se soulève parfois en d’épais nuages. Quand soudain, on entend un autre marcheur s’écrier : « Il se réveille, le volcan se réveille! » Je saute sur mes pieds et remonte le col en courant. Le soufre se fait plus présent, dense et âpre dans ma gorge. Je cours, le volcan s’énerve. Je l’entends. Alors, le cratère apparait soudain comme un coeur ouvert, battant son propre sang. J’attrape la main de mon père puis celle de mon frère, avec la sensation d’un souffle coupé, tant la Terre respire à cet instant pour nous.     

LS/

Ile de la réunion, 2006.

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