Ecrire

J’ai toujours aimé écrire. L’heure la plus propice, fructueuse, au milieu de ma nuit. Je me réveille, soudainement comme si je ne m’étais jamais endormie. L’insomnie me pousse, plus qu’un désir d’écrire, d’ailleurs. Les questions à propos de ce temps qui passe et dont j’ai l’impression de rien en faire.

Très vite, je reconnais mes habitudes, desquelles je ne pourrai ensuite que difficilement me détacher. J’aime m’habiller chaudement, de plusieurs couches, que ce soit en hiver ou en été. Sinon la concentration, la position assise, les pieds à même le carrelage froid, me refroidissent le corps. J’aime ne plus sentir la soif et boire du café à discrétion, ne plus sentir la faim et me rassasier le ventre de noix, de chocolat, de petits pains aux céréales. J’aime me laisser somnoler, face à cet écran statique et blanc, lui qui m’aveugle, m’hypnotise. Puis je me lance dans une course effrénée d’écriture, courir contre l’idée. J’aime me sentir égoïste avec mes mots, mes histoires, mes personnages, J’aime les contempler, de longues heures, comme on contemple un nourrisson, amoureusement. J’aime sentir la nuit couler sur mon dos puis s’étendre sur le jour nouveau, regarder ma montre, quatre heures, me demander si je ferais mieux de me coucher, si je me sens fatiguée, nerveuse à cause de mes shots de café. Si c’est un devoir ou une nécessité. Si j’ai d’autres obligations. Si j’ai d’autres besoins. Sauf qu’écrire semble être ma seule obligation, mon seul besoin. Je n’ai plus que pour amie l’écriture, je n’ai plus que pour enfant l’écriture, je n’ai plus que pour désir l’écriture. Plus que d’aimer écrire, ça m’équilibre, et puis ça participe à mon déséquilibre aussi.

L’air du soir est humide, chaud comme dans les tropiques. Pourtant, j’ai enfilé des chaussettes en laine, un pull à col roulé. J’ai déplacé la table pour ne pas me retrouver coincée entre l’armoire et le mur, j’ai préparé une grande cafetière, j’ai ouvert un paquet de cocktails de fruits secs. Les habitudes. Il n’y a maintenant plus de bruit, la bulle confortable de l’écrivain c’est sa nuit. Je n’entends que la danse de mes doigts sur les touches du clavier, qui s’enfoncent et dictent mes pensées. Je me tiens courbée, les épaules basses, le menton en avant, comme une petite vieille qui n’a plus assez de force pour se redresser. S’il n’y a pas de position qui mérite d’être préférée pour écrire, il en existe néanmoins à éviter, se tenir bien droit, trop droit par exemple, ça fait pondre maladroitement.

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