8 août 2018 : Vacances en France

Vacances en France. Deux jolies têtes parisiennes chacune exilée dans des régions aux antipodes de la mienne sont venues me rendre visite pour quelques jours : Caroline Ledédenté domaine Grain par Grain, néo-vigneronne installée dans le Bugey (à gauche sur la photo), et Judith Sciarone, sommelière et future cidrière en Normandie (à droite). Bon vin, bonne gueuze, bon cidre, bonne bouffe. Le tout en mode avion.

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Je cherche à acheter des vignes, moins d’un hectare tout au plus, ce qui ne rend pas la quête aisée. Les vignobles ici sont des étendues que les vignerons préfèrent vendre en gros package plutôt qu’en parcellaire. Il y a deux semaines, je suis tombée sous le charme de 78 ares d’un vieux Carignan pas entretenu, près de Sommières, sauf qu’on m’a ensuite prévenue qu’ils ne donneraient pas de raisins avant deux ans, que ça ne valait que sa terre nue, que j’aurai là un travail titanesque pour l’entretenir. Je me suis résignée. Hier, j’ai visité une autre parcelle de Carignan sauf qu’elle jouxtait la Nationale dont le bruit des voitures me donnait déjà de terribles maux de tête. Pas celle là non plus. Et puis ce matin, une parcelle de 34 ares de Grenache qui m’est comme tombée dessus (merci leboncoin) heureuse nouvelle. J’irai bientôt la visiter.

C’est une saison chaude, humide, annonciatrice d’orages mais ils s’attardent : les nuages se forment, laissent échapper trois grosses gouttes, puis s’évaporent. La pluie ne vient pas. Je regarde mes barriques. Je me pose des questions. Philippe Pibarot m’a conseillé de les laver, de mécher à 12g de soufre puis basta. J’ai donc senti, mon nez découvre et apprend, et il y a cette petite phrase dans ma tête qui me répète quand on m’avait prévenue : « Tes barriques, il faudra bien les sentir, Lolita, que tu saches si c’est du bon matos ou pas. » Je me penche pour trouver entre les douelles parfum, défaut, effluve sans réellement savoir ce que je cherche. Elles sentent bon le vin, hyper bon même — je pourrais rester là des heures.

Je renverse mes barriques, les remplis de 22 litres d’eau, les tourne sur elles-mêmes pour laver tout l’intérieur, d’un coté l’autre, leur poids sur mes cuisses les marque de bleus, lacère mes genoux à cause des cerclages en fer. Puis je les laisse sécher sous ce soleil si plombant quelques jours, sous cette lune si rousse quelques nuits. Enfin, je mèche à l’aide d’une pastille épaisse qui pèse 3 grammes, qui ressemble à un cachet de Doliprane, avec un petit trou au centre. On la glisse à un fil de fer puis on l’embrase sur la flamme d’une bougie. Quand le soufre s’oxyde, il donne une odeur différente de celui employé dans les vignes, plus aigre, plus corrosif…

(suite de l’article après les photos)

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Je mèche, je bouchonne, j’attends. J’ai peur de mal faire, quand bien même la tâche n’y a rien de complexe, mais me retrouvant seule face à ce travail sans réel savoir, j’ai peur de foutre en l’air une barrique entière, à cause de maladresse, et que ça parte en sucette, qu’elle s’incendie, qu’elle ne soit pas assez sèche, que ça donne des réductions, que la pastille tombe de son fil, que ça soufre trop, pas assez etc. Je réitère le geste, quatre fois pour chaque barrique. Et vient forcément l’erreur : une de mes pastilles finit par lâcher, sûrement déjà en cendre, ça me rend nerveuse. Et si elle brûlait le bois, et si la barrique prenait feu ? Je la retourne sur son ventre, trou de la bonde vers le bas, pour voir si quelque chose en sort : il y a de la fumée opaque, qui ne s’atténue pas, qui progresse même. J’attends dix secondes, trente secondes, peut-être une minute je ne sais pas, je n’aime pas cette vision, ça me fait mal aux yeux. Je décide alors de la mouiller à grandes eaux pour diminuer son smog. C’est donc reparti pour un tour : je lave entièrement, tourne la barrique en l’appuyant sur mes cuisse, la mécherai de nouveau dans trois jours. Je n’ai aucune idée de ce qu’il s’est passé, si c’était normal, si c’était vain. On verra bien.

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