« C. La face noire de la blanche »

Quatrième de couverture : C’est la Chandeleur. Deux amies, que je n’ai pas vues depuis plusieurs mois, viennent passer l’après-midi chez moi. J’ai préparé des crêpes, on a ouvert une bouteille de cidre. Tout pourrait être tranquille, une partie de cartes ou simplement bavarder, mais je les sens ailleurs. Très vite, la cocaïne s’invite au centre de la discussion. Elles racontent combien elle était bonne, le premier dealer qui n’est pas venu, l’argent qu’elles se doivent. Je ne dis rien, je n’ai plus rien à dire sur le sujet. Muette, je les considère en sirotant mon verre. Elles finissent par sortir la poudre. « Ça te dérange si on se fait une ligne ? »

À travers le personnage de Juliette, Lolita Sene raconte ses années d’addiction à la cocaïne. De sa province natale à Paris où elle travaille dans l’événementiel, du monde euphorique de la nuit aux soirées en appartement, de son cercle d’amis à ses histoires d’amour, Juliette rencontre de la cocaïne partout. Soutien factice de la confiance en soi, celle-ci s’est considérablement banalisée. Comme les autres, Juliette sombre dans la dépendance. Portrait d’une génération sans cesse en représentation, avide de rêves mais désorientée, « C.» montre toute la détermination qu’il faut pour s’affranchir de cette drogue dure et redonner un sens à sa vie.

Disponible dans toutes les librairies ou ⇥ Commander en ligne.

C

Lecture @ La nuit des vins nus

A l’occasion de la « La nuit des vins nus », soirée organisée par Rue89 No wine is innocent, je lirai le passage d’un de mes écrits, « Les amours révolutionnaires ». Ce sera l’occasion pour certains de découvrir mes textes, pour d’autres de me rencontrer. Ce sera l’occasion pour moi de partager — enfin et un peu.

Extrait de l’extrait

« Dans un coin, une cage avec deux petits oiseaux bicolores qui chantent en aigu et s’amusent à se faire des amours comme aux premiers jours. Ils se tournent autour, croisements de regards passionnés, entichés par l’idée qu’ils se sont bien trouvés ces deux-là, exactes copies de chacun. Quand on les regarde faire, on se dit qu’après tout, c’est peut-être plus simple ainsi l’amour, quand on est obligé de passer le reste de ses jours avec un seul être, enfermé, pour ne rencontrer personne d’autre. Ma Fanfan, c’est bien cela qu’elle souhaite, que j’arrête d’être au bar ou partout ailleurs et que l’on finisse nos vies comme des oiseaux en cage au sixième étage loin de tous, repliés sur nous mêmes et n’ayant d’yeux que pour l’autre, face à nous, du matin jusqu’à la nuit tombée. Sauf que moi j’ai besoin de respirer et de raconter des blagues aux amis, et de vivre et de rencontrer des culs nouveaux et de jubiler sur les filles qui travaillent dans les boutiques ou celles qui sortent de Montaigne, le mardi soir. J’adore passer mon après-midi vers ces quartiers et attendre la sonnerie de cinq heures, les jambes qui défilent sous les jupes, les cahiers sur leurs seins juvéniles, toutes heureuses et encore fraîches, parce qu’elles n’ont jamais eu le cœur brisé. Les filles deviennent femmes et vieillissent avec des cœurs qui se brisent. Prenez-en une encore vierge, elle sera une vraie tulipe toute gentille, sans larmes ni tristesse, et elle sera bien contente de vous rencontrer, en attendant le vrai homme, celui qui lui donnera plein de mal et de peine, celui qu’elle aimera à coup sûr. »

La nuit des vins nus
— vendredi 30 janvier, à 20h au Fabuleux cabinet de curiosités 50, rue Saint-Sabin, 75011 Paris Entrée : 10 €

Embrasse-moi, Khashayar

— Concours Conférence Olivaint 2013, thème : Baisers Voilés

— Concours Conférence Olivaint 2013, thème : Baisers Voilés

Quand ma mère annonçait le déjeuner, c’était en criant nos prénoms par la fenêtre. D’une voix enrouée, semblable à sa silhouette de gringalet, cet appel nous réconfortait. Ma petite sœur m’attrapait aussitôt la main et nous rentrions, agitées et les cheveux pleins de poussière. Mais l’insouciance de l’enfance fut très vite ensevelie par les délires de notre civilisation.

L’Iran. Des drapeaux, du sable, des vitres opaques… Quand j’ai eu 18 ans, mes parents m’ont mise dans un avion, pour la France, il ne fallait pas que je reste ici, sinon je mourrai. « Ma douce fille, tu es trop bavarde ! » me répétait ma mère, et elle ajustait, avec ses longs doigts, mon foulard sur le front. Un foulard coloré ou parsemé de petites fleurs, jamais noir ! Et jamais sur les sourcils non plus. Je laissais mes cheveux dépasser, comme si le foulard avait glissé et que j’étais étourdie, imprudente. Si l’on me demandait des justifications, je disais qu’il me tenait trop chaud.

Notre maison était perchée au bout d’une ruelle pavillonnaire. Il fallait se méfier des voisins, et des passants, et des livreurs. De tout le monde en sorte. Je ne pouvais ouvrir la porte que si tante Melika venait pour le thé aux pistaches. Sinon, ça m’était interdit.

On apprend que l’interdiction est notre liberté. On vit cloisonné, apeuré de tous, misérable.

Ma petite sœur Sanaz, elle avait de grands yeux noirs mais parfois je me disais qu’elle était peut-être aussi aveugle que les autres. « Sanaz, tu es réveillée, je lui chuchotais parfois le soir, sous l’oreiller. Si j’ai un plan pour filer, tu viendrais avec moi ? — Non, Golnaz, non… » Personne ne voulait me suivre. Je me sentais incroyablement pauvre et abandonnée.

Plus le soleil était chaud, plus mon foulard m’étouffait. Et plus je grandissais, plus j’avais soif de voir les limites auxquelles on était tous confrontés. Je criais dans la rue : « Je veux lire ! Je veux lire du roman français et anglais ! » et ma mère se jetait sur mon oreille pour que je taise mes bêtises.

Les réunions de famille étaient mes occasions préférées. A la fin du repas, je guettais mon père et attendais qu’il descende à la cave pour rapporter la petite jarre interdite. Dans les verres, il versait doucement le liquide parfumé à la manière d’un rituel sacré. Un à un, les convives s’exclamaient de bonheur. J’apercevais le jus des raisins secs fermentés glisser dans leur gosier. Quand l’alcool avait fini par les rendre tous gais, je pouvais raconter mes bêtises, ils riaient, ils s’en foutaient.

Téhéran, an 2000, sur le calendrier grégorien. Le passage du millénaire, nous le ne voyions pas. Mais moi, j’étais bien déterminée à le vivre à ma manière. J’avais 16 ans.

C’était une nuit fraîche. J’avais décidé de prendre la fenêtre, seule. Je n’allais pas courir bien loin, mais déjà j’étais libre. Je pouvais poser le pied à gauche ou à droite, personne pour m’ordonner ce que je devais faire. J’ai trottiné ainsi, dans la nuit noire, en évitant les lampadaires, en évitant de faire du bruit. J’ai tâtonné. Je voulais savoir jusqu’où je pouvais aller, moi, Golnaz. Au bout d’une heure je me suis rentrée, heureuse de mon aventure.

Le lendemain, j’ai crâné mes péripéties au lycée. Je brodais un peu, je voulais que ce soit plus faramineux qu’une simple excursion au coin de ma rue. Mes copines buvaient mes paroles. Puis une d’entre elle s’est mise à raconter ces fêtes clandestines, dans le nord de Téhéran. « Ma grande sœur, elle y va en cachette, y a des garçons qui passent la prendre en voiture… »

Alors un soir, j’ai mis ma plus jolie jupe et j’ai foutu le camp. Une voiture m’attendait trois rues plus loin, silencieuse et maligne.

On a roulé à travers les montagnes jusqu’à la fête, autour d’un feu.

L’Iran la nuit. Des garçons, des bières, de l’herbe… Faut pas croire ! Les filles resplendissaient sans leur foulard. Tous, on était beaux et scintillants sans cette peur au ventre. Des jambes fines se mêlaient aux bras poilus, des strass dans les cheveux, des cigarettes au bord des lèvres.

Enfin je pouvais bouger mon corps aux rythmes des guitares, faire des yeux aguicheurs aux garçons. Je pouvais chanter, rire, échanger des cassettes, des bouts de joins, des bijoux. On faisait n’importe quoi, tant que c’était interdit. On était la jeunesse révolutionnaire ! On respirait sous le ciel étoilé l’air frais de notre liberté.

Et alors, je t’ai vu, avec ton allure et tes souliers cirés. Je t’ai vu. Tu venais vers moi, on a dansé, on s’est embrassés.

Puis certains soirs on se donnait rendez-vous à la fête pour se voir. Au petit matin, avant le lever du jour, on se séparait le cœur serré. Soudain, je ne pouvais plus dire, voir, ni comprendre sans t’avoir dans mes horizons. Tu étais devenu une raison à mon existence comprimée, je ne voulais que le parfum de tes cheveux noirs contre mon nez. « Golnaz, tu me disais, je t’ai enfin trouvée… » Si c’est ça, l’amour, alors on ne nous l’apprend pas.

Cette société brimée tu n’en avais rien à carrer. Je t’ai suivi n’importe où.
« Rejoins-moi à la plage, cet après-midi, on ira derrière les rochers.
— Seule ?
— Fais-le, tu verras, il ne t’arrivera rien. Mets bien ton foulard, baisse la tête et il ne t’arrivera rien. »

J’ai goûté à l’interdit en plein jour. Pour vivre nous devions être des hors-la-loi. Un foulard noir piqué jusqu’aux sourcils, la tête obliquée vers le bitume, la faible allure, je suis venue te retrouver. Et j’ai réussi, on ne m’a pas arrêtée. « Fastoche, en fait ! »

Penser est interdit !
Vivre est interdit !
Même respirer est interdit !

Mais avec toi, j’avais droit à tout cela. Je pouvais admirer tes yeux au soleil, ta peau au soleil, notre amour était dévoilé à Ormazd. « Embrasse-moi Khashayar, que je lui répétais sans cesse. Embrasse-moi ! »

J’étais collée à son flan, toujours, sans pouvoir me détacher de peur de le perdre, les bras enlacés autour de sa nuque, mes lèvres contre les siennes. On a fini par oublier que l’on n’était pas seuls. Les yeux embrasés, on se sentait invincibles. Invisibles.

« Sortez de la voiture, ils ont crié au travers de leurs barbes bouclées. Sortez ! »
Le policier m’a tirée par le bras et jetée contre un mur. Ils étaient cinq de la police des mœurs, cette police sans cœur. Au scandale, je voulais crier, mais j’ai plutôt commencé à trembler.
« T’es qui, toi ?
— Sa cousine. » j’ai répondu. Et ils m’ont passé les menottes.
« Papiers, papiers ! C’est ta cousine ? C’est ta cousine ? Tu réponds ? » Khashayar a simplement tourné son visage vers moi, j’ai vu des larmes dans ses pupilles.
« Qu’est ce qu’elle fait avec toi ? Tu cherches la prison ? Par Ahriman ! Mineurs, un chiffon sur la tête, des cigarettes… Allez, on les embarque ! » On a mis Khashayar dans une voiture, moi dans une autre.

Dix jours en cellule pour cause d’amour. A boire dans la même bassine que les putains et les droguées. Prisonnière de mon sort, je demandais la flagellation, je me faisais mordre par les autres détenues, je préférais mourir ici que de sortir… Pour aller où sinon ? Ce pays dont je suis prisonnière ? Respirer est interdit en Iran…

Quand mes parents ont pu me libérer, j’ai pleuré des jours et des nuits d’être séparée de lui.
« Tu as fait de la prison et tu pleures un garçon ? Ma fille, tu devrais avoir peur ! Tu es folle ! Que veux-tu ? Te risquer pour une histoire futile ? »

Sans cette rencontre, je n’aurais pas pris cet avion pour la France. Il ne fallait pas que je reste ici, sinon je mourrai.
« Ma douce fille, tu es trop bavarde ! me répétait ma mère.
— Non, je suis amoureuse. Alors je suis déjà une criminelle… »

Khashayar, j’espère que tu n’as pas reçu les soixante coups de fouet. Khashayar, j’écrirai des poèmes pour que jamais tu n’oublies que cet amour involontaire est le vestige de nos vies. Khashayar, je te dois ma liberté.

photo © Stéphane Kénéch

Buenos Aires

— Concours Journal Libération, Apaj 2012, thème : Portraits de villes

Paris ne dort jamais. Jamais. Et son ciel jaune sans étoiles, peu nous chaut puisque nos yeux en sont parsemés. La nuit encore fraîche d’avril et nous parcourons inlassablement les boulevards exigus à la recherche du prochain (…)

— Concours Journal Libération, Apaj 2012, thème : Portraits de villes

Paris ne dort jamais. Nous lorgnant avec son ciel jaune sans étoiles, mais peu nous chaut puisque nos yeux en sont parsemés. Dans la nuit encore fraîche d’avril, nous parcourons inlassablement les boulevards exigus à la recherche du prochain. Du prochain qui comprendra que seule la suffisance de l’autre permet de ne plus être perdu dans les immensités des villes. Comme Los Angeles, Bombay ou Djakarta. Comme Buenos Aires, aussi.

Te souviens-tu mon amour, quand tu m’as écrit de cette ville agitée, tu étais seul et abîmé. Nous étions séparés d’une passion qui ne satisfaisait plus nos attentes. Alors tu es parti rejoindre cette ville que je suis sûre pour décrire tant j’ai ressenti ton brisement depuis là-bas. Il faisait chaud, c’était il y a deux ans. Deux ans, et Buenos Aires n’a pas changé — moi non plus, d’ailleurs.

Alors ce soir, au lieu de parcourir la ville, je vais te raconter comment tu l’as vécu.

Ça sentait la frite et le panaché. Sous la tonnelle rouillée de sa petite maison des quartiers crades, elle épluchait encore des pommes de terre, une bassine entre ses pieds. Ça devait faire des heures maintenant qu’elle s’attelait à cuisiner. Mais pour elle, ça signifiait continuer de vivre — on l’aimait pour ça et elle n’y était pas pour rien, dans cette ville d’affamés. Son petit-fils veillait la cuisson, sa main proche du feu, derrière la véranda : les frites, faut y prêter attention. Elle essuyait son couteau sur le revers du linge, quand un homme d’une trentaine d’années s’est avancé d’un pas tranquille et d’un espagnol particulièrement bien maîtrisé. C’était toi.

Tous les murs ont été envahis, capturés, signés de ta main, ta belle main qui autrefois caressait mes épaules ou le creux de ma nuque. Alors telle une fresque gigantesque, tu as travaillé à l’envie d’occuper une ville aux murs morcelés par la haine et les tensions. Ainsi tu oubliais un peu Paris et son insupportable fierté, tu oubliais l’orgueil des gens faussement heureux et la peine d’un romantisme toujours planant. La peinture donnait au travers de Buenos Aires une décadence nouvelle à tes dimensions vulgaires. Un trait dans l’immensité.

Ton devoir de peindre une ville, de savoir que dans ces circonstances tu aurais l’aboutissement d’un travail que l’on t’avait empêché de réaliser ici. Oui, Buenos Aires t’a donné le droit d’écrire sur les murs, d’émotionner les plus avertis en mesurant les distances et l’urbanisme.

Je suis sûre que les rues t’accueillaient avec joie, que les immeubles embrassaient ta peinture et que la population acclamait ton œuvre. Je suis sûre que la ville rayonnait de te voir, tout comme je rêvais de t’avoir.

On t’a ouvert chaque porte à laquelle tu frappais pour demander un lit. En retour, tu leur racontais d’où tu venais, tout ce que tu avais à offrir, autour de plats épicés et de bières légères. De jeunes filles aux corps juvéniles ont pointé leurs seins vers toi. Leur peau caramel et les yeux comme des billes, je ne sais pas si tu as résisté. Elles avaient les cheveux longs et très noirs, les reins chauds, les jambes fines et douces, tu as trouvé une griserie dans le cœur de ces pucelles.

Il y avait de la poussière partout, dans l’air, dans vos poumons, sur les verres. Puis on t’a dit que ce que tu faisais ici était important, admirable, que l’on y portait un intérêt certain. On t’a dit que si tu restais, on te donnerait de l’argent, des femmes et un toit. L’homme avait une chemise comme on n’en voyait plus. Ca t’a fait rire — moi aussi. Alors, dans la touffeur miroitante, tu as pris une cigarette de paille puis accepté sa proposition.

C’est ainsi que Buenos Aires m’a pris les dernières chances de t’avoir. Tu l’as épousée, cette ville de misère, tu n’es jamais revenu. Buenos Aires, je t’en veux encore de m’avoir volé un homme pour qui j’étais donnée.

Les belles choses

— Extrait « Les sentiments soudains », 2012

Les nuages blancs qui embrassaient le ciel depuis le début du jour vinrent à se dissiper laissant place au soleil qui fit briller les rosées tardives du jardin et fondre les cristaux de gel que la nuit avait formés. La brillance de ces rayons à travers les herbes lui rappela ces lumières en bord d’océans qui arrosent nos pensées de pierres précieuses et donnent le goût des belles choses. Comme la jeunesse est un art de vivre, les belles choses sont à apprécier et considérer, sinon la vie n’est qu’une perpétuelle montagne sauvage qui effraie. En restant suspendu d’émotion à la vue de ces brillances, Richard pouvait sourire en paix d’être si proche des « belles choses » qui comme les « petits riens » donnaient à ses journées une importance nouvelle. Eloïse faisait soudain partie de ces importances.

Amadou

— Extrait « Les amour révolutionnaires », 2012

J’ai appris qu’Amadou était malade depuis des jours. Et peut-être qu’il ne reviendra plus. « Des gars comme lui, on m’a lancé après, on en trouve à tous les coins de rue, il sera remplacé prochainement. » Je ne suis pas d’accord avec les loubards du cimetière. Amadou, il est un unique avec ses rêves du Sénégal.

Je retourne à mon travail fâché de ne faire que croiser des gens. Encore un que j’aurais à peine connu. Amadou, il aurait pu être mon ami, le vrai à qui on se confie, ils gardent tout pour eux ces gens, on leur apprend ça dans les pays chauds. Ici, misère, tout le monde parle sur tout le monde si bien qu’on ne sait plus quoi de qui sur qui pour quoi. On s’embête comme des insectes et on apprend à vivre en s’embêtant c’est bien le comble du quotidien. Les gens se regardent et cela ne va pas plus loin. J’avais dit à Fancie, allons à Paris, revenir pour survivre c’était mes mots, parce qu’on y est nés ici et qu’on y mourra surement. Au moins on fera des expositions, du vernissage avec d’autres idiots, mais elle n’est pas folle la gamine, elle ne se laisse pas avoir et je ne l’embarque jamais bien loin. Elle se planque encore, c’est son jeu favori, elle ne sait faire que ça.

Lettre de motivation

Cher jury,

Le dimanche s’endort et emporte avec lui les souvenirs d’un samedi soir où l’on était content de se retrouver et de danser, boire des litres de rouge et chanter à tue-tête. On était content d’embrasser des jeunes filles aux franges trop droites et des garçons aux pantalons bien serrés.

Les amis que je rencontre, mes amis du café, ce sont eux qui me racontent. On n’a pas besoin de se planter une aiguille maligne dans le cœur pour avoir des histoires plus passionnantes à écrire. Maintenant, je me dis que l’écriture n’est pas un tabou, ni une aubaine. Mais je sais que restera à vie, suspendue au-dessus de ma tête, cette envie brûlante de pouvoir écrire tous les jours, d’en faire mon gagne-pain, mon oeuvre.

Cordialement,
Lolita Sene