Les belles choses

— Extrait « Les sentiments soudains », 2012

Les nuages blancs qui embrassaient le ciel depuis le début du jour vinrent à se dissiper laissant place au soleil qui fit briller les rosées tardives du jardin et fondre les cristaux de gel que la nuit avait formés. La brillance de ces rayons à travers les herbes lui rappela ces lumières en bord d’océans qui arrosent nos pensées de pierres précieuses et donnent le goût des belles choses. Comme la jeunesse est un art de vivre, les belles choses sont à apprécier et considérer, sinon la vie n’est qu’une perpétuelle montagne sauvage qui effraie. En restant suspendu d’émotion à la vue de ces brillances, Richard pouvait sourire en paix d’être si proche des « belles choses » qui comme les « petits riens » donnaient à ses journées une importance nouvelle. Eloïse faisait soudain partie de ces importances.

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Amadou

— Extrait « Les amour révolutionnaires », 2012

J’ai appris qu’Amadou était malade depuis des jours. Et peut-être qu’il ne reviendra plus. « Des gars comme lui, on m’a lancé après, on en trouve à tous les coins de rue, il sera remplacé prochainement. » Je ne suis pas d’accord avec les loubards du cimetière. Amadou, il est un unique avec ses rêves du Sénégal.

Je retourne à mon travail fâché de ne faire que croiser des gens. Encore un que j’aurais à peine connu. Amadou, il aurait pu être mon ami, le vrai à qui on se confie, ils gardent tout pour eux ces gens, on leur apprend ça dans les pays chauds. Ici, misère, tout le monde parle sur tout le monde si bien qu’on ne sait plus quoi de qui sur qui pour quoi. On s’embête comme des insectes et on apprend à vivre en s’embêtant c’est bien le comble du quotidien. Les gens se regardent et cela ne va pas plus loin. J’avais dit à Fancie, allons à Paris, revenir pour survivre c’était mes mots, parce qu’on y est nés ici et qu’on y mourra surement. Au moins on fera des expositions, du vernissage avec d’autres idiots, mais elle n’est pas folle la gamine, elle ne se laisse pas avoir et je ne l’embarque jamais bien loin. Elle se planque encore, c’est son jeu favori, elle ne sait faire que ça.

Lettre de motivation

Cher jury,

Le dimanche s’endort et emporte avec lui les souvenirs d’un samedi soir où l’on était content de se retrouver et de danser, boire des litres de rouge et chanter à tue-tête. On était content d’embrasser des jeunes filles aux franges trop droites et des garçons aux pantalons bien serrés.

Les amis que je rencontre, mes amis du café, ce sont eux qui me racontent. On n’a pas besoin de se planter une aiguille maligne dans le cœur pour avoir des histoires plus passionnantes à écrire. Maintenant, je me dis que l’écriture n’est pas un tabou, ni une aubaine. Mais je sais que restera à vie, suspendue au-dessus de ma tête, cette envie brûlante de pouvoir écrire tous les jours, d’en faire mon gagne-pain, mon oeuvre.

Cordialement,
Lolita Sene

Saké

—  Concours Académie de Paris, nouvelle en intégrant les mots : apprivoiser, boussole, jubilatoire, palabre, passerelle, rhizome, s’attabler, tact, toi, visage.

Je ne la connaissais pas, mais la détestais déjà. Si elle voulait quelque chose, ce fût mon rhizome. J’en étais certain. Quel con j’ai été pour me retrouver avec elle, inconnue à moitié ? En fait, je ne l’avais jamais réellement rencontrée avant ce dîner. On avait pu bavarder quelques minutes sur le net. Je ne m’en souvenais peu, elle qui me rappela « Passerelle, c’est mon pseudo, tu t’souviens ? »

Elle avait un accent qui venait de nulle part, sa mère était hongroise disait-elle. On s’était dit un petit restaurant chinois. On a bien mangé. Elle me raconta son enfance à la campagne puis commanda du saké. Une femme au visage ingrat se déshabillait dans mon verre. Cela me mit mal à l’aise.

Je ne parlais pas trop. J’écoutais son palabre interminable et me resservais encore. La femme s’était rhabillée. ‘Toi, t’es un coquin !‘ Elle manquait de tact, et moi je manquais d’esprit. Je n’eus pas le courage de lui dire de la fermer, cela aurait été trop jubilatoire, un peu vulgaire à mon goût aussi. Et puis pourquoi pas attendre, s’attabler et attendre.

Ce que je fis.

Parce que je préférais rentrer chez moi avec elle pour m’apprivoiser cette ménagère toute blanche. Peut-être imiterait-elle alors la japonaise de mon verre à saké.