Saké

—  Concours Académie de Paris, nouvelle en intégrant les mots : apprivoiser, boussole, jubilatoire, palabre, passerelle, rhizome, s’attabler, tact, toi, visage.

Je ne la connaissais pas, mais la détestais déjà. Si elle voulait quelque chose, ce fût mon rhizome. J’en étais certain. Quel con j’ai été pour me retrouver avec elle, inconnue à moitié ? En fait, je ne l’avais jamais réellement rencontrée avant ce dîner. On avait pu bavarder quelques minutes sur le net. Je ne m’en souvenais peu, elle qui me rappela « Passerelle, c’est mon pseudo, tu t’souviens ? »

Elle avait un accent qui venait de nulle part, sa mère était hongroise disait-elle. On s’était dit un petit restaurant chinois. On a bien mangé. Elle me raconta son enfance à la campagne puis commanda du saké. Une femme au visage ingrat se déshabillait dans mon verre. Cela me mit mal à l’aise.

Je ne parlais pas trop. J’écoutais son palabre interminable et me resservais encore. La femme s’était rhabillée. ‘Toi, t’es un coquin !‘ Elle manquait de tact, et moi je manquais d’esprit. Je n’eus pas le courage de lui dire de la fermer, cela aurait été trop jubilatoire, un peu vulgaire à mon goût aussi. Et puis pourquoi pas attendre, s’attabler et attendre.

Ce que je fis.

Parce que je préférais rentrer chez moi avec elle pour m’apprivoiser cette ménagère toute blanche. Peut-être imiterait-elle alors la japonaise de mon verre à saké.