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Les belles choses

— Extrait « Les sentiments soudains », 2012

Les nuages blancs qui embrassaient le ciel depuis le début du jour vinrent à se dissiper laissant place au soleil qui fit briller les rosées tardives du jardin et fondre les cristaux de gel que la nuit avait formés. La brillance de ces rayons à travers les herbes lui rappela ces lumières en bord d’océans qui arrosent nos pensées de pierres précieuses et donnent le goût des belles choses. Comme la jeunesse est un art de vivre, les belles choses sont à apprécier et considérer, sinon la vie n’est qu’une perpétuelle montagne sauvage qui effraie. En restant suspendu d’émotion à la vue de ces brillances, Richard pouvait sourire en paix d’être si proche des « belles choses » qui comme les « petits riens » donnaient à ses journées une importance nouvelle. Eloïse faisait soudain partie de ces importances.

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Lettre de motivation

Cher jury,

Le dimanche s’endort et emporte avec lui les souvenirs d’un samedi soir où l’on était content de se retrouver et de danser, boire des litres de rouge et chanter à tue-tête. On était content d’embrasser des jeunes filles aux franges trop droites et des garçons aux pantalons bien serrés.

Les amis que je rencontre, mes amis du café, ce sont eux qui me racontent. On n’a pas besoin de se planter une aiguille maligne dans le cœur pour avoir des histoires plus passionnantes à écrire. Maintenant, je me dis que l’écriture n’est pas un tabou, ni une aubaine. Mais je sais que restera à vie, suspendue au-dessus de ma tête, cette envie brûlante de pouvoir écrire tous les jours, d’en faire mon gagne-pain, mon oeuvre.

Cordialement,
Lolita Sene

Saké

—  Concours Académie de Paris, nouvelle en intégrant les mots : apprivoiser, boussole, jubilatoire, palabre, passerelle, rhizome, s’attabler, tact, toi, visage.

Je ne la connaissais pas, mais la détestais déjà. Si elle voulait quelque chose, ce fût mon rhizome. J’en étais certain. Quel con j’ai été pour me retrouver avec elle, inconnue à moitié ? En fait, je ne l’avais jamais réellement rencontrée avant ce dîner. On avait pu bavarder quelques minutes sur le net. Je ne m’en souvenais peu, elle qui me rappela « Passerelle, c’est mon pseudo, tu t’souviens ? »

Elle avait un accent qui venait de nulle part, sa mère était hongroise disait-elle. On s’était dit un petit restaurant chinois. On a bien mangé. Elle me raconta son enfance à la campagne puis commanda du saké. Une femme au visage ingrat se déshabillait dans mon verre. Cela me mit mal à l’aise.

Je ne parlais pas trop. J’écoutais son palabre interminable et me resservais encore. La femme s’était rhabillée. ‘Toi, t’es un coquin !‘ Elle manquait de tact, et moi je manquais d’esprit. Je n’eus pas le courage de lui dire de la fermer, cela aurait été trop jubilatoire, un peu vulgaire à mon goût aussi. Et puis pourquoi pas attendre, s’attabler et attendre.

Ce que je fis.

Parce que je préférais rentrer chez moi avec elle pour m’apprivoiser cette ménagère toute blanche. Peut-être imiterait-elle alors la japonaise de mon verre à saké.